16.1.11

l'héritière

Aaaahh... La valeur travail ! Quel superbe détournement de sens... Au nom de cette belle idée, on libère les transmissions de patrimoine. Les grosses fortunes pourront se léguer sans entraves. Il faut désormais respecter la richesse accumulée, forcément par le fruit d'une vie de labeur...
Bon, OK, ils sont ultra-rarissimes ceux qui ont bâti une fortune colossale de leurs propres mains, car c'est du labeur des autres dont on parle, faut pas déconner ! Ces fameux autres qui ont trimé et sué pour des salaires de misère afin de rentabiliser le capital. A chaque baisse de salaire, à chaque plan social... Hop ! les cours remontent en bourse.
Et lorsque ce ne sont pas les ouvriers qui ont bossé, c'est le pognon... Ces gens-là font travailler leur argent. Si, si, si... Mais n'allez pas croire que les ouvriers ont disparu du système d'exploitation qui a fait la fortune des propriétaires, ils ont simplement changé d'endroit. Nous ne les voyons plus en bleu de travail dans nos rues proprettes, mais ils existent ailleurs, en Afrique, en Asie en Europe de l'Est... encore plus exploités.
Ce qu'ils ont dû en baver, ces pauvres actionnaires à pianoter sur leur calculette, à scruter les pages spécialisées des cours de la bourses, à passer des coups de téléphones pour lancer leurs OPA... C'est pour cela que ce dur labeur doit être respecté ! A leur mort, les enfants hériteront. C'est tout.
Or, ces héritiers, qu'ont-ils fait à part se donner le mal de naître ? Avec Sarkozy, ce n'est pas le travail que l'on respecte, c'est l'argent.

Et c'est pareil en politique... Je ne parle pas, évidemment, de ceux qui se sentent la responsabilité de poursuivre l'oeuvre politique de tel ou tel (ce sera l'"objet d'un prochain billet d'humeur), je veux traiter de ceux qui considèrent qu'un parti politique est une entreprise familiale, bâtie sur un nom !
Il en est de nombreux exemples, y compris dans les villes de moyenne importance ou, sans programme, sans passé, sans avoir rien fait que d'exister, on se sent pousser des ailes, simplement parce qu'on porte le nom de papa. C'est court comme programme, mais cela a déjà fait ses preuves.
Mais fi de ces gagne-petit, je veux parler ici de l'Héritière en chef !
Nos médias préférés nous le prédisaient depuis des lunes : la fille Le Pen hérite du poste de son facho paternel ! Mazette... Quel non-événement ! Le racisme sera-t-il moins virulent quand il sera porté par une crinière blonde ? Le capitalisme le plus échevelé sera-t-il moins cruel parce que défendu par une femme ? L'exclusion sera-t-elle plus douce dès lors que son égérie sera plus agréable sur les plateaux télé ? Les gars de la Marine organiseront-ils moins de ratonades ? Moins de chasses aux pédés ? Moins de saccages de camps de Rroms ?
Le FN restera le F-Haine. Point barre. L'utilité de ce parti c'est justement de détourner l'attention des vraies questions sur l'exploitation des peuples. C'est bien pourquoi, nos médias préférés surjouent la carte Marine. La presse, dont l'essentiel est l'instrument des riches propriétaires pour faire perdurer le système qui les rend riches, va continuer à organiser le nuage de fumée qui pique les yeux et empêche de voir la réalité du monde.

Pour hériter du pognon sans entrave, il faut parfois aussi hériter d'un patronyme, comme d'une sorte de label. Même s'il est nécessaire, partout, de tourner certaines pages pour enfin écrire un autre livre.

5.1.11

Mélenchon : rêve ou cauchemar de l'autre gauche ?

Dire qu'il y a quelques mois, je m'apprêtais à rejoindre les rangs du Parti de gauche, créé, géré et dirigé par le très médiatique Jean-Luc Mélenchon ! J'en suis revenu.
Militant au PCF depuis tant et tant, j'en avais plus que soupé de sa relative lourdeur, du grand écart entre les idéaux et la réalité de gestion... Puis, osons l'avouer, je me suis laissé séduire par le nouveau produit dont les médias faisaient la promo, justement parce qu'il les fustigeait, justement parce qu'il n'avait pas la langue de bois, justement car il me rappelait des attitudes "à la Marchais". Bref, j'adorais ce type... Et j'apprécie encore aujourd'hui son verbe, ses idées atypiques et ses propositions politiques.
Mais voilà, la réalité vient reprendre le dessus.
De plein d'endroits me remontent les difficultés sur le terrain avec un trop grand nombre de représentants du Parti de gauche. Que ce soit dans la gestion des exécutifs (par exemple, en Ile de France, le PG ne siège pas dans le groupe Front de gauche. Cherchez l'ereur) ou dans la menée d'actions publiques ou encore dans la préparation des cantonales à venir (pas d'accord dans le 93, gros problèmes dans le 94 et tensions dans le 77...) Ailleurs, vous me raconterez comment ça se passe !
Dans de nombreux endroits, les militants du PG sont issus du PS. La plupart l'ont quitté pour s'affirmer "plus à gauche" ou pour refuser les logiques internes, voire locales, de pouvoir. Force est de constater que, de ce point de vue, ils semblent en avoir garder tous les stigmates. A tel point qu'à Pontault-Combault, là où je vis, cela semble très compliqué de mener une alliance. Dès le mois de juin dernier, nous avons tenté de mener la bataille des retraites avec le PG. Cela n'a pas pu se faire. A la rentrée de septembre, rebelote : malgré les discours, impossible de mettre au point un tract ou une initiative en commun.
Pire, alors que dès avril dernier, mes camarades m'ont demandé de porter leurs couleurs pour les cantonales, nous avons proposé au PG local de mener cette bataille avec nous, en leur proposant la place de suppléant. Pour le moment, cela n'entre pas dans leur schéma. Ce que je trouve dommage, car nous partageons tant de valeurs humaines.
Mélenchon ne rate pas une occasion d'affirmer le plus grand bien qu'il pense des militants du PCF, alors que sur le terrain cela est tellement plus difficile. Je reste convaincu que Jean-Luc Mélenchon serait un excellent candidat du Front de gauche en 2012. Mais la preuve concrète de sa volonté de respect et de rassemblement de tous ceux qui souhaitent défendre une véritable conception de gauche des affaires de la cité, c'est d'abord au plan local que cela s'écrit. Si son objectif est de réaliser une belle OPA sur le parti fort et structuré qu'est le PCF, ce sera sans ses militants. Et sans moi, évidemment. Car même si mon parti est imparfait, il reste celui qui me donne le plus de gages contre le capitalisme.
Je ne désespère pas que le bon sens finisse par l'emporter. Si l'on ne peut s'entendre pour des actions, pour des luttes et pour des cantonales, comment serions nous crédibles pour porter un candidat commun pour mettre Sarkozy dehors dans un an ?

19.12.10

Sapin, guirlandes eet boules.

Bientôt Noël. Sapin, guirlandes et boules.
Allez, c'est la trêve ! Je mets mes indignations en stand-by. Juré, promis, craché : je n'évoquerai pas les SDF qui mourront de froid cet hiver, vous n'aurez aucune phrase scandalisée sur les centaines de salariés jetés à la rue par le capitalisme débridé made in FMI et Union Européenne, vous ne saurez rien de ma honte d'être en pleine forme quand l'Etat s'attaque à la santé, je ne vous encombrerai pas les neurones avec les guerres encore et toujours en Irak ou en Afghanistan, rien sur les élections dites libres en Côte d'Ivoire, pas même un couplet sur le sort fait aux jeunes dans notre belle et généreuse France... bien que j'en ai terriblement envie. Et en comptez pas sur moi pour déplorer la dramatique nécessité des restau du coeur.
Rien, je vous le répète : rien.
Je fais comme tout le monde ces temps-ci : sapin, guirlandes et boules.
Histoire de patienter jusqu'au réveillon où là, les amis, je vais me la donner dans les agapes. A commencer par le foie gras, dont je suis un fanatique inconditionnel. J'ai même une recette à proposer : vous coupez votre foie frais en parts d'un centimètre d'épaisseur, puis... Mais on verra ça plus tard. Côté volaille, j'hésite encore entre un somptueux poulet de Bresse, un chapon du Gers, une oie ou l'indémodable dinde... Grave dilemne !
Dilemne d'autant plus difficile à trancher qu'à l'approche des fêtes de fin d'année, certains groupuscules reprennent de l'activité pour nous donner mauvaise conscience avec vigueur. Ils se préoccupent, en effet, de cette chose essentielle et vitale qu'est la dignité... des animaux de basse cour ! Ces militants des droits de la poule n'ont qu'une revendication, qui résonne comme un credo : lutter pour "les droits les plus élémentaires que sont marcher, courir, jouer, gratter le sol, construire un nid, prendre soin de leurs petits, se prélasser au soleil". Je n'invente rien, c'est dans leur revue "Champ libre"... Allez, c'est la trêve, je ne critique pas. Sapin, guirlandes et boules.
"Quand on n'aime pas les animaux, on n'aime pas les hommes !" C'est aussi ce que pérorait Bardot la facho qui, au plus fort de la guerre au Kosovo, envoyait des camions de canigou pour les toutous dont plus personne ne s'occupait. Les nazis aussi aimaient leurs chiens. Comme aujourdhui les Sarko-boy.
Donc côté "poules", ça va.
Côté "voleurs de poules", c'est la cata.
Ceux que l'on surnomme ainsi sont les gitans, les roms, pudiquement dit : les gens du voyage. Leur dignité à eux on s'en balance ! Peuvent bien survivre avec les rats dans de sordides campements improvisés, peuvent bien manger une fois de temps en temps, leurs marmailles peuvent bien se chopper toutes les saloperies de la pauvreté, leurs vieux peuvent bien crever dans de longues maladies mal soignées, leurs femmes peuvent bien vivoter de l'aumône d'un jour de marché, peuvent bien n'avoir qu'un seul point d'eau pour dix familles... Z'avaient qu'à pas ! Na !
Déjà, j'entends le beauf qui sommeille en nous trépigner : "mais c'est la vie qu'ils ont choisie !" Ceux-là ont autant de compassion que les crétins au sujets des sidéens "Z'avaient qu'à faire gaffe, l'ont bien cherché :" ou des abrutis à propos des chômeurs : "Quand on veut du boulot, on en trouve !"... Décidément, il y a trop d'idées à la con qui circulent. Heureusement, on va pouvoir calmer sa conscience pour quelques piécettes jetées à la va-vite dans la coupelle de l'Armée du Salut. Mais je me suis promis de ne pas me moquer. Sapin, guirlandes et boules.
En attendant, le franchouillard satisfait applaudit lorsque les Sarko-boy évacuent avec perte et fracas les camps de fortunes où des hommes, des femmes et des enfants essaient de vivre, suivis de près par les gens du Maire de Paris qui n'a qu'une précieuse urgence dans la tonne de dossiers à traiter : envoyer les bulldozers sur les cabanons du bois de Vincennes. Les soiffards de tous les troquets d'en face sont soulagés, ils pourront de nouveau siroter leur petit jaune peinards, sans ce spectacle désolant de ces familles entassées dans des égouts à ciel ouvert, qui donne aux cacahuètes un goût de dégueuli.
Entre la dignité des poules et celle des voleurs de poules, mon choix est sans appel : l'Homme ! Surtout quand, sur sa guitare, il nous offre une ballade de Django.
Laissons-nous aller à la pensée d'Alain Souchon "Dans les poulaillers d'acajou, les belles basses cours à bijoux, on entend la volaille qui fait l'opinion, qui dit : on peut pas être gentil tout le temps, on peut pas aimer tous les gens."
Ces réflexions ne m'engagent même pas, puisque c'est la trêve : Sapins, guirlandes... et surtout les boules.

28.9.10

Pour David, Darius et Alex, mes jeunes amis Roms.

De loin, au aurait cru à une cabane construite par les gosses des pavillons voisins, avec ce qu'ils auraient pu trouver à la déchetterie du coin. Des palettes assemblées en guise de murs, un bout de moquette usée doublée d'une bâche pastique pour le toît, un bidon rouillé pour y entasser du bois de récupération comme chauffage... A l'extérieur, quelques pierres marquaient l'emplacement du feu pour cuire les conserves à même la boîte.
Or, ce n'était pas un jeu. Trois familles vivaient là. Dans le dénuement le plus complet. Avec le grand père lourdement handicapé, leurs six enfants et un bébé à naître. David, Darius et Alex avaient 9, 8 et 6 ans lorsque je les ai connus. Leurs parents fuyaient la Roumanie, la pauvreté institutionnalisée et la persécution dont leur culture Rom était victime.
La municipalité de Roissy-en-Brie les a alors pris en charge : mise à disposition d'une courette où installer trois caravanes fournies par la DASS, soutien alimentaire, scolarisation des enfants, suivi sanitaire et aide à l'apprentissage du français...
Ce remarquable exemple de solidarité et de simple humanité deviendra-t-il un délit sous Sarkozy ? De quoi les Roms sont-ils coupables : espérer vivre mieux dans un pays plus accueillant que le leur, aimer suffisament leurs enfants pour tenter de leur offrir un avenir ?
les Roms sont citoyens européens, la liberté de circuler leur est acquise, mais tout de même moins que les capitaux. Les obstacles pour leur accession à l'emploi sont tels qu'ils n'ont souvent que la mendicité pour survivre. Or, cela ne suffit encore pas à Sarko le démago. Il a besoin de boucs émissaires pour masquer sa désastreuse politique économique, sociale, éducative ou culturelle...
Combien de temps les Roisséens continueront-ils à édifier des digues de bienveillance et de solidarité pour protéger David, Darius, Alex et leurs familles contre le tsunami de haine qui s'abat sur leur communauté ? Le plus longtemps possible j'espère, sans en être tout à fait sûr. Car la bataille pour la place de l'humain dans notre monde du chacun pour soi, mérite de gagner de nouveaux combattants. Gagner le respect pour les Roms, c'est avancer un peu plus dans la conscience de l'appartenance à une seule et même espèce : l'Homme !
Le sarkozysme en est étranger. Les Roms sont une cible facile tant l'idéologie dominante fabrique des victimes expiatoires au gré des besoins du capitalisme.
Ne nous laissons pas glisser d'une petite indifférence à une grande lâcheté ! Ne laissons jamais notre entourage proférer des propos de rejet sur qui que ce soit ! Ce ne serait pas digne.